C'était lors de mon dernier voyage à Venise. J'avais été visiter l'Accademia avec Diane, ma compagne de l'époque...
J'étais tombé en arrêt devant un tableau de Rocco Marconi : le Christ et la femme adultère...
La pécheresse, je crus voir son portrait vivant plus tard, sur le vaporetto qui nous ramenait à l'hôtel... Diane ne partageait pas mon enthousiasme, loin de là...
De retour à Paris, je ne guérissais pas de cette maladie. Après avoir acheté, à l'étal des bouquinistes, des revues le plus souvent consacrées à ma passion pour l'art italien de la Renaissance, j'attendais mélancoliquement le bus 21, qui devait me ramener au petit studio que j'occupais dans le XVe...
J'errais au Louvre, où je commençais à me prendre de passion pour Giovanna degli Albizzi, dont le portrait figurait sur une fresque peinte par Botticelli.
La jeune femme était morte à 20 ans, à Florence, des suites d'une grossesse difficile. J'étais obsédé par une idée apparemment absurde : ressusciter Giovanna ! Diane acheva de penser que j'étais devenu complètement fou, et elle se sépara de moi. Cependant, nous sommes restés bons amis... J'achevais mes études d'histoire de l'art, et je me rendis à Florence en stage au musée des Offices. Chaque jour, j'allais rendre visite à Giovanna, dont le portrait, peint cette fois-ci par Ghirlandaio, enjolivait la chapelle des Tornabuoni, en l'église santa Maria Novella.
J'imaginais la vie de Giovanna, avant son mariage, dans son palais florentin de l'époque. Je ne savais rien de tout cela, le bon Politien, qui avait rédigé son élégie après sa mort brutale, n'en avait rien dit...
Je fis d'autres recherches, et j'appris ainsi que le duc Jean de Diansyl, l'un de mes lointains ancêtres, avait vécu à Florence à la fin du XV e siècle, lui-aussi.
C'est, ici que, las des guerres qui déchiraient continuellement la France, il s'était retiré en compagnie de la princesse Alix, et avait trouvé refuge auprès des Médicis. L'orgueilleux chevalier français s'était inscrit à l'Arte di Calimala, et avait fait fortune comme marchand. Cependant, j'ignorais s'il avait pu rencontrer Giovanna, dont il était d'environ quatorze ans l'aîné !
Je retrouvais ce délicat portrait de la princesse Alix :
Encore une fois, j'essayais de me représenter la vie à l'intérieur de ces sombres palais du Quattrocento, égayés seulement par les chefs d'oeuvres des artistes et artisans toscans...
A Florence, mes pas me conduisaient fréquemment du côté du ponte Vecchio, et j'essayais vainement de penser à autre chose qu'à ce monde disparu qui m'obsédait, mais je dois dire que j'aurais dû choisir un autre lieu...
C'est bien plus tard que je rencontrais, lors d'une excursion à Venise, une curieuse Gitane. On l'appelait la Ballerina, parce qu'elle avait été danseuse dans sa jeunesse. Elle vivait du côté du ghetto, mais elle en sortait souvent pour dire la bonne aventure aux passants. C'est ainsi, qu'elle m'apprit qu'il existait pour moi un moyen de retrouver Giovanna vivante. Au début, je la confondis avec ces mendiants qui harcèlent continuellement les touristes, mais tout à ma passion pour ma belle Florentine du temps de Botticelli, je finis par céder à son baratin...
La sorcière me parla d'un endroit étrange appelé Veronaville, un endroit où je pourrais revoir Giovanna.
-Où se trouve Veronaville ? lui demandai-je. En Italie ?
-Pas précisément, répondit-elle, plutôt quelque-part dans le Dreamtime, à mi-chemin de Londres et de Venise...
J'étais curieux d'en savoir plus, aussi acceptai-je son offre, et je me retrouvais à habiter l'une des petites maisons de l'étrange petite bourgade, évoquant à la fois Vérone et Stratford-upon-Avon ! La Gitane avait tenu ses promesses, et Giovanna ne tarda guère à me rejoindre...
Un peu plus tard, nous convolâmes en justes noces.
Deux filles naquirent de cette union : Chiara et Laura.